Rejointoiement d’une façade en brique : quand le faire, quel mortier choisir et ce que risque un joint dégradé

Un joint de brique qui s’effrite sous le doigt, c’est un mur qui ne tient plus son rôle de barrière contre l’eau. Et dans le Douaisis, où la pluie et le gel se relaient une bonne partie de l’année, ce détail de quelques millimètres décide de la santé de toute la façade.

Beaucoup de propriétaires regardent leurs briques et jugent l’état du mur à la couleur de celles-ci. Sur le chantier, c’est l’inverse : on commence par regarder les joints. Ce sont eux qui prennent l’eau en premier, eux qui se dégradent en premier, et eux qui, une fois partis, laissent l’humidité s’installer dans la maçonnerie.

Voici comment je vous conseille d’aborder le sujet : repérer le bon moment pour intervenir, comprendre pourquoi le choix du mortier est la décision la plus lourde de conséquences, connaître les gestes d’un rejointoiement conforme aux règles de l’art, et savoir ce qu’on risque à repousser. Je précise aussi ce qui relève de la réglementation, sans inventer de règle locale : pour cela, votre mairie reste l’interlocuteur.

👉 L’essentiel à retenir

  • Le rejointoiement consiste à dégarnir les joints dégradés puis à les regarnir : il traite l'étanchéité du mur, pas seulement son aspect.
  • Pour la brique, la référence est la NF DTU 20.1 et un mortier de chaux hydraulique naturelle (NHL), plutôt qu'un ciment gris trop dur et peu perméable.
  • Les joints friables se dégarnissent sur 10 à 15 mm selon leur état, puis se nettoient, se dépoussièrent et s'humidifient avant regarnissage.
  • On ne rejointoie pas par gel ni risque de gel : le Nord impose de caler le chantier sur la météo, pas sur le calendrier.
  • Un rejointoiement à l'identique, sans changement d'aspect, est en principe dispensé de formalité, sauf dans les communes qui ont instauré une déclaration préalable pour le ravalement et dans les secteurs protégés. Un changement de couleur ou de matériau relève d'une déclaration préalable.

1. Quand faut-il rejointoyer une façade en brique ?

On rejointoie quand le mortier a perdu sa cohésion : joints creusés, friables, fissurés ou qui s’effritent au simple grattage. Il n’existe pas de date butoir universelle : c’est l’état réel du mur qui décide, pas l’âge de la maison.

1.1 Les signes qui ne trompent pas

Passez la main le long du mur et, si possible, grattez un joint avec un tournevis. Voici ce qui doit vous alerter :

  • un mortier qui s’égrène en sable au moindre frottement ;
  • des joints en retrait net par rapport à la face des briques, avec une cavité visible ;
  • des fissures fines qui suivent le tracé des joints sans casser les briques ;
  • des briques qui bougent légèrement ou qui paraissent moins bien calées ;
  • des traces d’humidité, des salissures ou de la mousse concentrées le long des lignes de joint ;
  • du sable ou des grains de mortier accumulés au pied du mur.

Ces signes se confondent parfois avec d’autres désordres. Si vous voyez des fissures qui traversent les briques elles-mêmes, ce n’est plus un sujet de joint : reportez-vous à notre guide pour distinguer fissure bénigne et fissure à surveiller.

1.2 Le bon moment dans l’année

Le rejointoiement est un travail de mortier frais, donc sensible au froid. Les fiches techniques des mortiers de rejointoiement à la chaux interdisent l’application sur un support gelé ou en cas de risque de gel. À titre d’exemple, une fiche de fabricant (Parexlanko) indique des températures minimales d’application de +5 °C pour les teintes claires et +8 °C pour les teintes soutenues. Dans le Nord, cela dessine une fenêtre claire : le printemps et le début d’automne, hors périodes de gel nocturne.

L’idée pratique : ne laissez pas un joint qui s’effrite passer un hiver de plus pour « attendre les beaux jours » si l’état est avancé. Faites poser le diagnostic à l’automne, planifiez le chantier dès que les nuits sont durablement hors gel. Pour affiner votre repérage avant la mauvaise saison, vous pouvez parcourir les signes d’alerte à repérer avant l’hiver.

Rejointoiement façade brique : application soignée de mortier de chaux NHL dans les joints
Rejointoiement façade brique : application soignée de mortier de chaux NHL dans les joints

2. Le choix du mortier : la décision qui fait ou défait le chantier

Sur une façade en brique, le bon réflexe est de privilégier un mortier de chaux hydraulique naturelle (NHL), pas un mortier de ciment. C’est la recommandation du guide publié par l’ATILH (Association technique de l’industrie des liants hydrauliques) et l’UMGO (Union de la Maçonnerie et du Gros Œuvre), qui traite du rejointoiement conformément à la NF DTU 20.1, la norme de référence pour la maçonnerie.

2.1 Pourquoi la chaux plutôt que le ciment

Un mur en brique ancienne respire : il absorbe l’humidité et la restitue. Le joint doit rester le maillon le plus souple et le plus perméable de l’ensemble, pour que l’eau s’évacue par lui plutôt que par la brique. Un ciment gris, dur et fermé, inverse ce rapport de forces : c’est alors la brique qui encaisse les contraintes et l’humidité. Je le dis sans détour : la pose d’un ciment gris sur une brique ancienne est l’erreur que je vois le plus souvent, et c’est celle qui coûte le plus cher à rattraper. Ce constat vient de la pratique du métier, et il est largement partagé dans la profession, même si aucune source officielle ne le chiffre.

2.2 Quelle classe de NHL selon le support

Selon le guide ATILH/UMGO, on conseille :

  • sur supports tendres : une NHL 2 ou une NHL 3,5 ;
  • sur supports durs : une NHL 3,5 ou une NHL 5.

Le même guide précise que les rejointoiements à pierres vues se font uniquement sur des maçonneries en briques « foraines » ou en pierre, de préférence avec un mortier de chaux hydraulique naturelle, avec une épaisseur de joint durci de 1 à 2 cm selon la maçonnerie. Savoir si votre brique est tendre ou dure, ancienne ou récente, cuite à haute température ou non, c’est précisément ce qu’un artisan évalue sur place avant de commander un sac de mortier.

2.3 La teinte du joint : un choix esthétique qui compte

Le sable et le liant donnent au joint sa couleur. Un joint trop clair sur une brique rouge « casse » l’effet de la façade ; un joint trop sombre l’alourdit. Faites réaliser un essai sur une petite surface, et jugez-le sec, pas frais : un mortier à la chaux change de nuance en séchant. Si vous hésitez sur l’ensemble de l’aspect, la maison ancienne en brique du Nord a ses propres usages et contraintes à connaître.

3. Les gestes d’un rejointoiement réalisé dans les règles de l’art

Un bon rejointoiement tient à la préparation : un mortier neuf posé sur un joint mal dégarni ou poussiéreux n’adhère pas. Le travail se déroule en plusieurs étapes, toujours dans le même ordre.

3.1 Dégarnir sans abîmer la brique

On retire le mortier friable sur une profondeur qui dépend de l’état du joint. Le guide ATILH/UMGO et la fiche d’un fabricant (Tradical, qui cite le chapitre 3.2.2.2 du DTU 20.1) indiquent un dégarnissage de 10 à 15 mm. D’autres sources de ravalement parlent de profondeurs supérieures : je ne fixe donc pas de valeur absolue. C’est le joint qui commande : on dégarnit jusqu’au mortier sain, sans éclater les arêtes des briques. Un outil mal utilisé ou une meuleuse trop agressive laissent des traces que le nouveau joint ne cachera pas.

3.2 Nettoyer, dépoussiérer, humidifier

Les joints dégarnis sont ensuite nettoyés, dépoussiérés, puis humidifiés par pulvérisation d’eau avant le regarnissage. Cette humidification n’est pas un détail : une brique sèche boit l’eau du mortier frais, qui perd alors une partie de sa résistance et risque de mal accrocher. L’inverse est aussi vrai : pas de ruissellement ni de support détrempé. L’objectif est un support frais et légèrement humide.

3.3 Regarnir et finir

Le mortier est appliqué en le serrant bien dans la cavité, en plusieurs passes si le joint est profond, puis tiré ou lissé selon le rendu recherché. La finition (joint plat, creux, brossé) change l’allure du mur : elle se décide avant de commencer, en fonction du style de la maison. Il ne faut ni travailler au soleil direct sur un mur très chaud, ni sous la pluie battante, ni par gel : le mortier doit durcir lentement.

Toutes ces étapes s’inscrivent souvent dans un ravalement de façade complet : sablage, rejointoiement, application d’hydrofuge puis remise en peinture quand le support s’y prête. C’est le mode d’intervention que nous pratiquons chez LDC Bâtiment quand l’état du mur l’exige.

4. Ce que risque un joint dégradé qu’on laisse en l’état

Un joint dégradé n’est jamais un défaut purement esthétique : c’est une porte d’entrée pour l’eau dans la maçonnerie. Ces risques sont décrits de façon générale, car aucune source officielle ne les chiffre ; ils relèvent de l’observation de terrain.

  • L’infiltration d’humidité : l’eau pénètre par les cavités, imbibe la brique et migre vers l’intérieur. Elle peut se traduire par des taches, des moisissures et des peintures qui cloquent côté pièce de vie (voir notre article sur la peinture de façade adaptée au climat nordique pour comprendre l’effet gel-dégel).
  • Les dégâts du gel : l’eau emprisonnée dans les joints gèle, augmente de volume et fait éclater ce qui reste de mortier, puis la surface des briques.
  • Le déchaussement des briques : privées de leur calage, elles bougent, se fragilisent et peuvent se détacher.
  • Une dégradation en cascade : plus on attend, plus la zone à reprendre s’étend, et plus le chantier devient lourd.

Le meilleur argument pour agir tôt est économique : un rejointoiement ciblé est un chantier mesuré, quand une façade attaquée sur toute sa hauteur demande des reprises de maçonnerie.

5. Rejointoiement, peinture, hydrofuge : bien ordonner les interventions

Le rejointoiement vient toujours avant la peinture ou l’hydrofuge, jamais après. Peindre sur des joints dégradés revient à masquer le problème, pas à le traiter, et la peinture se décollera avec le mortier qui l’accueille. Si vous hésitez entre un simple coup de peinture et une vraie remise en état, notre comparatif peindre ou ravaler : quelle différence vous aidera à trancher.

Sur une façade en brique, la séquence logique est la suivante : nettoyage du support, réparation des fissures et des éléments abîmés, rejointoiement, puis, si le mur et le projet s’y prêtent, application d’un hydrofuge et éventuellement remise en peinture. Chaque étape prépare la suivante, et sauter l’une d’elles fragilise l’ensemble.

6. Réglementation : ce qu’il faut savoir avant de commencer

Un ravalement à l’identique qui ne modifie pas l’aspect extérieur est en principe dispensé de formalité, mais une déclaration préalable est exigée dès que la couleur ou les matériaux changent, ainsi que, même à l’identique, dans les communes ou périmètres qui l’ont instaurée et dans les secteurs protégés ; il faut donc se renseigner auprès de la mairie. C’est ce que rappelle Justice.fr. Un rejointoiement à l’identique entre donc, en principe, dans la première catégorie ; mais si vous changez nettement la teinte des joints ou l’aspect de la façade, renseignez-vous. Pour la question des teintes, voyez aussi changer la couleur d’une façade.

Avant même de penser aux joints ou à la teinte, il faut souvent commencer par un nettoyage, et c’est là que les erreurs se paient le plus cher sur de la brique ancienne. Un jet trop puissant ou un produit mal choisi peut éroder la surface et fragiliser le matériau bien plus sûrement que le temps. Pour savoir quelle méthode adopter selon que la façade noircit, verdit ou se couvre de salpêtre, voyez notre guide du nettoyage de la brique dans le Nord.

La déclaration préalable est aussi requise en secteur protégé, pour un immeuble protégé, ou dans une commune ou un périmètre où le conseil municipal ou l’EPCI a décidé de soumettre le ravalement à autorisation. Je ne peux pas vous dire ce qu’il en est pour votre rue : cela varie selon les communes, et seule la mairie, via son service urbanisme, peut vous répondre avec certitude. Appelez-la avant de commander les matériaux.

6.1 L’obligation d’isoler en cas de ravalement important

Le décret n° 2016-711 du 30 mai 2016 impose d’intégrer des travaux d’isolation thermique en cas de ravalement de façade, pour les devis signés à partir du 1er janvier 2017, avec des dérogations possibles prévues par un guide officiel des pouvoirs publics et de l’ADEME. Un rejointoiement partiel n’est probablement pas concerné, mais ce point n’est pas confirmé par une source officielle : faites-vous préciser votre situation par l’artisan et par un conseiller France Rénov’. Pour le volet isolation et financement, consultez notre article sur l’isolation par l’extérieur et ravalement en 2026.

6.2 Les aides : prudence

Un ravalement seul n’ouvre pas droit à MaPrimeRénov’, aide versée par l’Anah et liée à la rénovation énergétique. Pour savoir si votre projet global peut être soutenu, rapprochez-vous de France Rénov’ ou de l’Anah, qui vous donneront les conditions à jour. Je ne cite ici aucun montant : ils évoluent et doivent être vérifiés à la source.

7. Bien préparer son chantier avec un artisan

Un bon devis de rejointoiement précise le mortier, la préparation et la surface traitée. Méfiez-vous des propositions qui se contentent d’une ligne « rejointoiement façade » sans plus de détail. Posez quelques questions simples :

  • quel liant sera utilisé, et pourquoi celui-ci pour votre brique ;
  • comment le dégarnissage sera réalisé et sur quelle profondeur, selon l’état constaté ;
  • si un essai de teinte est prévu avant de traiter toute la façade ;
  • comment le chantier sera planifié par rapport à la météo ;
  • quelles finitions suivent : hydrofuge, peinture, ou rien.

Chez LDC Bâtiment, nous commençons par un déplacement gratuit pour examiner le mur sur place, car on ne chiffre honnêtement un rejointoiement qu’après avoir touché les joints. Le devis est gratuit et sans engagement. Renseignez-vous directement auprès de LDC Bâtiment sur les conditions de votre devis. Nous évitons volontairement d’avancer un prix au mètre carré : les chiffres qui circulent ne sont ni officiels ni locaux, et l’état du mur change tout.

Dégradation des joints d'une façade brique : fissures, humidité et risques structurels
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Questions fréquentes

Peut-on rejointoyer soi-même un petit pan de mur de jardin ou une dépendance ?

Sur un muret de clôture ou un appentis bas, c’est faisable avec du temps, de la patience et un mortier adapté. Le piège, c’est de vouloir aller vite : un dégarnissage irrégulier ou un mortier mal choisi se paie ensuite. Dès que le travail demande un échafaudage ou une intervention en hauteur, mieux vaut passer par un professionnel.

Faut-il vider la maison ou protéger les abords pendant le chantier ?

Non, la maison reste habitable. En revanche, le dégarnissage produit beaucoup de poussière : il faut fermer les fenêtres, protéger les menuiseries, les terrasses et les plantations, et prévoir un nettoyage des abords en fin de chantier. Prévenez vos voisins si le mur est mitoyen ou proche.

Les joints d'un mur mitoyen se rejointoient-ils avec l'accord du voisin ?

Pour la face qui vous appartient et à laquelle vous accédez depuis chez vous, vous n’avez en principe pas besoin d’un accord particulier. Si l’intervention exige d’installer un échafaudage ou de passer chez le voisin, prévenez-le et demandez son accord. En cas de doute sur la propriété du mur, renseignez-vous avant de commencer.

Combien de temps faut-il attendre avant de pouvoir peindre ou hydrofuger après un rejointoiement ?

Le délai dépend du mortier, de l’épaisseur des joints et surtout de la météo : un mortier à la chaux met du temps à durcir et à sécher, davantage par temps froid et humide. Votre artisan fixera la durée d’attente selon la fiche technique du produit utilisé, plutôt qu’une règle générale qui n’a pas de sens dans le Nord.

Un mur en brique rouge et un mur en brique jaune se traitent-ils différemment ?

Le principe reste le même, mais la teinte du joint joue énormément sur le rendu final. Sur des briques de couleurs différentes, on teste le mortier sur une petite zone avant de se lancer, car le sable et le liant modifient la nuance une fois sec.

Conclusion

Un rejointoiement bien mené prolonge la vie d’une façade en brique pour de longues années : le bon moment, c’est quand le joint s’égrène, pas quand l’humidité est déjà à l’intérieur ; le bon mortier, c’est une chaux hydraulique naturelle adaptée à la dureté de la brique ; le bon geste, c’est un dégarnissage propre, un support humidifié et un chantier calé sur la météo. Ce que l’on gagne, c’est un mur qui respire, qui sèche et qui résiste au gel.

Si vous avez un doute sur l’état de vos joints, faites-le constater avant que l’hiver ne s’en charge. Vous pouvez demander un devis gratuit à LDC Bâtiment : nous nous déplaçons chez vous, dans le Douaisis et plus largement dans le Nord, pour examiner la façade et vous conseiller sans engagement.